|
Le
territoire mauricien appartient à trois types de propriétaires : l'État,
les grandes compagnies sucrières et une multitude de petits propriétaires
dont le nombre ne cesse d'augmenter.
Le secteur privé, à travers 19 grandes
compagnies, possède collectivement environ 80 % des terres à Maurice.
Cependant, avec à lui seul 20 % de la superficie totale de l'île, l'État
est le plus gros propriétaire terrien ! La superficie totale de l'île
est de 187 333 ha.
La plus grosse partie des terres de l'État (73 %) est recouverte de forêts.
Le reste est composé des pas géométriques, des réserves côtières,
des îlots, des terres de l'ancien chemin de fer, du domaine sucrier de
Rose-Belle et des autres terres de l'État.
Les terres du secteur privé comprennent à la fois celles appartenant à
dix-neuf grandes compagnies (dix-huit propriétés sucrières et la
compagnie théière de Bois Chéri) et celles possédées par environ 35
000 petits propriétaires.
En somme, les grandes compagnies possèdent 38 % de la surface de l'île
et les petits et moyens propriétaires se partagent les 41 % restant.
L'exploitation agricole de Maurice a été marquée à l'époque de la
colonisation française par des concentrations industrielles et foncières,
ce qui explique l'existence des dix-neuf compagnies privées. Un peu plus
de la moitié des terres des dix-huit propriétés sucrières sont sous
culture de cannes.
Leur superficie varie de 909 ha (la propriété sucrière de Beau-Plan) à
5 819 ha (FUEL). Bien que dans certains cas, la gestion du domaine
agricole est distincte du contrôle de l'usine, le propriétaire est le même.
En tout, une cinquantaine de familles franco-mauriciennes et une dizaine
de familles hindoues contrôlent les propriétés sucrières de Maurice.
Les grandes propriétés
diminuent
Des consortiums contrôlent certains domaines. Le groupe Harel Frères,
par exemple, possède Belle- Vue, Beau-Plan, The Mount ainsi que Solitude.
WEAL (West East Ltd.) contrôle FUEL et Médine, les deux plus grosses
usines de Maurice. Et trois usines appartiennent au groupe Illovo.
Les vingt dernières années ont vu une certaine diversification dans les
investissements des compagnies sucrières. Celles-ci injectent des
capitaux dans l'industrie manufacturière, le tourisme et les autres
services. Floreal Knitwear et Beachcomber Ltd, par exemple, sont contrôlés
par des capitaux sucriers.
Cependant la grande propriété foncière
a tendance à diminuer en superficie. Non seulement, l'État fait des
acquisitions obligatoires pour ses besoins en infrastructures, mais les
compagnies sucrières elles-mêmes procèdent de temps en temps à des
morcellements pour des besoins résidentiels ou de développement.
Le reste des terres appartient aux grands planteurs et aux petits
planteurs. Les premiers possèdent entre 10 ha (23,7 arpents) à 250 ha
(592 arpents) de terrain. Toutefois, leur nombre diminue d'année en année
à la suite des divisions faites au moment de leur décès. Dans le
secteur théier, on dénombre deux propriétés moyennes : La Flora et
Corson. Selon l'Atlas de Maurice, les propriétés moyennes semblent
reculer au profit de la petite propriété.
Six à huit mille permis
de construire par an
Cette dernière, représentée par les petits planteurs, a considérablement
augmenté en nombre depuis l'indépendance. On en compte environ 35 000
aujourd'hui. Plus de 9 sur 10 d'entre eux disposent de moins de 2 ha
chacun. Cela s'explique par le partage, par héritage et par la division
des propriétés moyennes.
Dans le secteur théier, le nombre de petits propriétaires exploitants a
considérablement diminué, à cause des difficultés rencontrées dans ce
type de culture et de la reconversion vers la canne à sucre.
Même si la part du secteur privé est loin d'être négligeable, le
domaine public occupe un espace important à Maurice, soit 21,6 %. Depuis
l'indépendance, l'Etat n'a cessé d'acquérir de nouveaux terrains afin
de maintenir le développement socio-économique du pays.
Un peu moins des trois quarts des terres de l'État sont classés "Forêts
de l'État". Ces forêts, gérées par le Service des Bois et Forêts
du ministère de l'Agriculture, s'étendent principalement dans le centre
et le sud-ouest du pays. Environ 14 %, soit 4 017 ha, sont des réserves
naturelles.
Les pas géométriques constituent la deuxième catégorie des terres de
l'État. Ils forment un étroit liséré côtier de 250 pieds français de
large en moyenne (81,2 mètres) et couvrent presque toute la côte, à
l'exception de Pointe d'Esny, de Pointe- de-Flacq, d'Anna (à l'ouest), de
Port-Louis et de Baie-du-Tombeau. Les campements, concédés par des baux
de longue durée, occupent 17 % du littoral. Et de nombreux sites ont été
utilisés pour le développement touristique.
À ces pas géométriques, il faut ajouter les îlots situés à moins de
10 km de Maurice. D'une superficie totale d'environ 1 026 (2 431 arpents),
ils sont classés en réserves naturelles (île Ronde, île-aux- Serpents)
; d'autres sont loués à usage touristique (île-aux-Cerfs) ou agricole (île-aux-Bénitiers).
Les "autres terres" de l'État représentent 16 % du domaine
public. Elles comprennent les cours d'eaux et les réservoirs, les routes,
le port et l'aéroport, ainsi que des parcelles dans la plupart des
villages et des villes. Celles-ci abritent les services administratifs et
les logements sociaux.
Le territoire mauricien appartient donc à trois types de propriétaires :
l'État, les grandes compagnies et une multitude de petits propriétaires.
Si la part de l'État s'étend de plus en plus afin de permettre la
poursuite des activités économiques, l'acquisition de la propriété au
sein des compagnies sucrières semble s'être stabilisée depuis longtemps.
En revanche, avec l'augmentation de la population et la demande croissante
pour des terrains résidentiels, le nombre des petits propriétaires est
en constante augmentation : entre
6 000 et 8 000 permis de construire sont octroyés chaque année.
Patrick
YVON
|