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Entre
Mauritius Telecom et Rogers Telecom, la guerre est à nouveau déclarée.
Pour la seconde fois en deux semaines, l'opérateur national critique Rogers
Telecom. Après les lignes "Frame Relay", c'est l'Internet qui se
trouve au centre de la controverse. Alors que les géants se livrent à un
duel par l'intermédiaire de la Mauritius Telecommunications Authority (MTA),
les opérateurs dénoncent le cadre légal.
La nouvelle a fait
l'effet d'une bombe. A 11 h 45 hier, au cours d'une émission radio consacrée
à la libéralisation de l'accès à l'Internet, un auditeur déclare :
"Je compose le 206-7272 et j'ai un accès illimité à l'Internet pour
Rs 300 mensuellement."
Dans le studio de la
Mauritius Broadcasting Corporation (MBC), comme dans l'ensemble du secteur
des télécommunications, souffle un vent de panique. Telecom Plus est en
effet l'unique Internet Service Provider (ISP) en opération, et il faut
composer le 312-1212 pour accéder à ses services. Tout autre fournisseur
d'accès est donc dans l'illégalité.
L'appel de l'auditeur déclenche
une opération d'envergure chez Mauritius Telecom. Il est confirmé que le
206-7272 appartient à Rogers Telecom. Les recherches et les analyses
techniques se poursuivent alors qu'une demande d'information est faite à la
Mauritius Telecommunications Authority (MTA).
"Je ne peux ni
confirmer, ni infirmer cette nouvelle. Tout ce que je peux dire, c'est que
Mauritius Telecom a des droits et que nous ferons en sorte qu'ils soient
respectés", soutient Daniel Cossard, Deputy Chief Executive de l'opérateur
national.
Mais avant d'enquêter,
l'organisme régulateur devra recevoir une protestation en bonne et due
forme. Une conclusion positive verrait alors Rogers Telecom traduit en cour
intermédiaire et, au cas où la compagnie est trouvée coupable, elle
risquerait une amende pouvant aller jusqu'à un million de roupies, la
saisie de ses équipements et la révocation de ses licences. On n'en est
pas encore là.
Mais chez Rogers, on ne
voit pas les choses sous cet angle. "Nous n'avons jamais offert ce
service à qui que ce soit ne faisant pas partie du groupe Rogers",
affirme Didier Sam Fat, directeur général de Rogers Telecom.
Le 206-7272 serait le numéro
du service Intranet du groupe. Ce réseau informatique privé, pour lequel
Rogers Telecom détiendrait un permis, utilise en majeure partie la
technologie sans fil. Les ingénieurs de Mauritius Telecom devront prouver
que Rogers permet à des tierces personnes de s'y connecter et d'utiliser la
bande passante pour leurs besoins en communication.
Mais Didier Sam Fat réenchérit
: "C'est ridicule de penser que Rogers proposerait l'Internet au grand
public à un prix aussi bas que Rs 300. Qu'on nous présente une facture
prouvant ceci." Il ajoute que la totalité du trafic de son entreprise
se fait sur des lignes dédiées et louées à l'opérateur national.
Vétusté du cadre légal
Le directeur général de Rogers ajoute ne pas comprendre "pourquoi
Mauritius Telecom se sent lésé car ceux qui appellent le 206-7272 paient
33 sous la minute, comme le tarif d'interconnection stipulé par la MTA.
Ayant une licence ISP, rien ne nous empêche en outre d'offrir l'Internet à
nos filiales."
Mais Mauritius Telecom réclame également des éclaircissements à la MTA
sur les opérations de TerraSky Limited, une filiale de Rogers Telecom. Dans
une lettre adressée à l'organisme régulateur la semaine dernière, l'opérateur
national dit possé- der des informations à l'effet que TerraSky
proposerait des services de télécommunications (lignes 'Frame Relay') à
des entreprises, ce que dément fermement Rogers Telecom.
Ces événements poussent les opérateurs à dénoncer la vétusté du cadre
légal. Le Telecommunications Act, qui date pourtant de 1998, serait déjà
caduc. Celui-ci octroie des pouvoirs à la MTA sans garantir de délais pour
le traitement des plaintes, demandes d'informations ou de licences, et révisions
tarifaires.
"Il faudrait que la loi et l'organisme régulateur bougent aussi vite
que la technologie. On ne pourra créer de cyberîle si on prend plus de
trois mois pour étudier la tarification du Short Message Service",
explique le directeur d'une compagnie informatique. La présente loi ne
mentionne pas explicitement les nouvelles technologies.
En attendant le dénouement de l'affaire, Rogers Telecom s'apprête à
lancer des services à l'intention des entreprises. La société compte en
effet signer un accord d'interconnexion avec Mauritius Telecom afin de
pouvoir desservir ces dernières. "Nous serons opérationnels le
lendemain même de la signature de cet accord. Nous avons tous les équipements
et nous sommes fins prêts", déclare Didier Sam Fat. Rogers Telecom
misera ainsi sur les services à forte valeur ajoutée. Ils seront taillés
sur mesure pour les besoins des entreprises, un créneau peu exploité par
Telecom Plus. Comme ses collègues de Fournisseurs d'Accès à l'Internet Réunis,
Rogers Telecom ne compte pas desservir le grand public pour le moment. Le
tarif d'interconnexion de 33 sous la minute est jugé
"exorbitant."
"Ce tarif n'a aucun sens car nous aurons à payer 33 sous la minute à
Mauritius Telecom. A cela, nous devrons ajouter d'autres frais, alors qu'un
forfait grand public de Telecom Plus offre l'accès à 25 sous la minute.
Quelque chose ne tourne pas rond quelque part", a conclu Didier Sam
Fat.
Ryan COOPAMAH
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