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    Question a Jacques De Navacelle : La Barclays veut être la meilleure dans certains metiers de la banque  
   

Posted to the web on August 11, 2001

 
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Jacques de Navacelle espère que l'expertise de la Barclays profitera aux entreprises locales. Ce qui, souligne-t-il, contribuera également à stimuler la concurrence au niveau bancaire.

Quelles sont les principales caractéristiques du montage financier réalisé par la Barclays pour Air Mauritius ?

Il s'agit d'un mélange de plusieurs types de financement. Les airbus étant des avions construits en Europe, nous avons pu utiliser les facilités des Export Credit Agencies de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Ces facilités représentent 85 % du financement de l'achat des deux airbus. La différence de 15 % est un prêt de la branche mauricienne de la Barclays. C'est une structure de financement qui ressemble tout à fait à celle que nous avions réalisée en 1999 pour l'achat d'un A 340.

La concurrence cette année a été toutefois plus sévère car il y avait vingt-deux autres candidats pour ce projet, dont des banques internationales qui ont des filiales à Maurice. Il nous a fallu faire un effort supplémentaire sur les taux : ceux que nous avons proposés sont extrêmement compétitifs.

Mais outre le financement, nous avons également offert d'autres produits qui permettent à Air Mauritius de limiter les risques sur les fluctuations du taux de change et des taux d'intérêts.

Tous les avions sont vendus en dollars même quand le constructeur est européen. Le prix est en dollars avec un équivalent en euros et les prêts sont en euros. Nous donnons la possibilité à Air Mauritius de passer d'une monnaie à l'autre si elle sent que l'une ou l'autre est plus avantageuse pour elle. Il y a également des instruments de couverture des risques de change qui permettent à Air Mauritius de limiter ces risques et c'est important pour la compagnie d'aviation.

Air Mauritius se couvre également contre les risques de taux d'intérêt. Elle peut opter pour un taux variable pour des périodes déterminées ou choisir un taux fixe pour toute la durée du remboursement.

En plus, nous apportons à Air Mauritius notre assistance pour couvrir les risques de variation des prix des produits pétroliers. La compagnie est en contact avec notre trader spécialisé à Londres.

Comment évaluez-vous l'intérêt des entreprises locales, notamment du textile, à se couvrir contre les risques de change?

Il y a un intérêt mais c'est encore très timide. Je pense qu'il y a un problème de compétence car c'est un sujet assez complexe. D'autre part, les trésoriers des entreprises n'ont pas une très grande liberté d'action. Il leur faut l'aval du conseil d'administration qui est composé de gens qui ne maîtrisent pas toujours les techniques de couverture.

Il y a un vrai problème d'expertise. Je pense, par exemple, que les entreprises de textile auraient pu vendre leurs euros quand la monnaie européenne était à 92 US cents.

Est-ce que la Barclays aide également Air Mauritius à effectuer des choix dans l'éventail des options qu'elle met à sa disposition ?

Air Mauritius a une équipe financière suffisamment avertie pour faire ses propres choix. Elle est en contact avec nous en permanence. Il y a un échange mais la décision finale appartient au client.

La Barclays finance à hauteur de 15 % l'achat de deux appareils pour Air Mauritius. La contre-performance financière de la compagnie ne vous inquiète pas outre mesure...

Les résultats ont été affectés par une perte potentielle. En comptabilité, on est obligé d'arrêter les comptes à une date donnée et calculer les pertes ou les gains à cette date.

Avec la perte de valeur de l'euro, Air Mauritius a dû calculer ses pertes comme si elle les avait déjà faites. Or il se peut qu'avec l'évolution de la monnaie elle récupère plus que ces pertes; c'est une perte éventuelle.

Ce montage financier pour Air Mauritius remet en perspective la stratégie de la Barclays de s'attaquer au marché "corporate"...

La Barclays pourra faire profiter les entreprises mauriciennes de toute l'expertise qu'elle a développée dans son réseau international. Les produits de financement à long terme, de couverture des risques et la panoplie des services d'une banque d'affaires sont des métiers que nous pratiquons depuis des années en Angleterre, en France ou aux Etats-Unis.

A Maurice, vu la taille du marché, aucune banque n'a vraiment développé ce genre d'expertise, avec les moyens locaux. La Barclays fait profiter cette expertise aux entreprises, ce qui aura également un effet stimulant sur la concurrence locale.

La Barclays a perdu beaucoup de parts de marché à Maurice au cours de ces vingt dernières années. C'est, dans une certaine mesure, de notre faute. Nous voulons donc reprendre notre place. Et pour le faire, il faut proposer des choses nouvelles.

Comment expliquez-vous cette perte de parts de marché ?

Je pense qu'à une époque la Barclays de Londres s'est peut-être un peu désintéressée de Maurice. La Barclays a fait quelques mauvaises affaires au début de la zone franche. Cela nous a échaudés et nous sommes restés en retrait.

Ensuite c'est devenu un cercle vicieux. Notre volume d'affaires a diminué. Nous avons baissé les coûts en réduisant les effectifs et cela nous a apporté encore moins d'affaires. Finalement nous avons changé de stratégie : nous nous sommes dit qu'il nous fallait mettre à profit notre présence ici.

Et aujourd'hui quelle est la place de la Barclays sur le marché local ?

Il y a trois ou quatre ans notre part de marché était descendue à environ
4 % en moyenne et maintenant on est remonté à 7 %. On a pas mal progressé. Notre part de marché dans le retail banking est probablement légèrement inférieure à notre part de marché dans le corporate banking car nous avons seulement une douzaine d'agences.

Dans le retail banking, le volume des affaires est proportionnel au nombre de succursales. Mais avec les techniques modernes de telephone banking et d'internet banking, il est probable que dans les années à venir le nombre de branches ne sera plus l'élément déterminant dans le retail banking.

Dans notre chiffre d'affaires global, le retail banking et le corporate banking sont à parité à 50 %.

Avez-vous une stratégie pour faire évoluer cette proportion?

Non, pas vraiment. Nous voulons être les meilleurs dans les deux domaines dans un certain nombre de services. Nous ne voulons pas faire tous les métiers d'une banque mais plutôt nous concentrer sur quelques-uns et être les meilleurs. C'est ainsi que nous avons récemment lancé de nouveaux produits pour diversifier le choix au niveau des comptes d'épargne. Nous avons obtenu une très bonne réception pour notre produit d'épargne qui s'appelle le High Rate Bonus Account.

Vous voulez donc attirer des épargnants mais en même temps vous projetez l'image d'une "Big Bank in a Big World". Le salarié peut se dire que la Barclays, ce n'est pas pour lui...

Il y a eu beaucoup de réflexion sur cette image. A "Big Bank" peut renvoyer à l'idée d'une grande banque très lourde et bureaucratique. Mais nous, nous voulons surtout dire que nous sommes une grande banque avec davantage de moyens à la disposition des clients.

La deuxième étape de la campagne qui démarre consiste à dire que nous sommes une grande banque et que nous sommes là pour aider les gens à mener à bien leurs projets, de la conception à la réalisation. Nous sommes là pour aider les entreprises à grandir. Sur une des affiches on voit quelqu'un qui court et nous sommes à ses côtés dans cette course.

En parlant d'accompagnement justement, nous avons eu des témoignages de gens déçus parce que les facilités de crédit dont la Barclays a fait la promotion ne sont pas aussi accessibles que le disait la publicité...

Il y a effectivement eu un problème. On s'est aperçu qu'un certain nombre de gens ne remboursaient plus. Et comme par hasard, ceux qui ne remboursaient pas étaient ceux qui n'avaient pas de comptes chez nous. C'est statistiquement établi. Donc, nous avons eu à exiger que les emprunteurs ouvrent un compte chez nous.

La Barclays semble vouloir mettre le paquet pour développer son "corporate banking" mais le monde des affaires est plutôt morose actuellement...

Cela dépend surtout des secteurs. Il y a en effet un ralentissement dans le commerce des biens de consommation. Dans le textile, il y a des entreprises qui marchent bien et d'autres moins bien. Tout dépend des marchés dans lesquels elles sont engagées. La situation est assez mitigée.

A la Banque, nous voyons arriver de bons projets. Il y a quand même des clients qui sont en train de développer leurs activités. Au-delà, on évoque aussi des projets comme le métro léger, les centrales thermiques, le financement d'avion, le dessalement de l'eau à Rodrigues. Bref, des projets qui correspondent justement aux types de montage que réalise une banque d'affaires.

Vous vous intéressez beaucoup aux projets publics...

Il y a certes des projets publics mais dans le cas d'un projet de centrale thermique par exemple, il peut s'agir d'une entreprise privée mais qui a quand même besoin de l'Etat pour être mise sur pied. L'incinération des ordures peut aussi être un projet privé mais il faudrait que l'Etat y mette du sien. Les banques d'affaires sont adaptées pour le financement des infrastructures publiques.

Le gouverneur de la Banque de Maurice a remis sur le tapis la question de la politique de prêt des banques commerciales. Que pensez-vous de ses remarques ?

Le gouverneur de la Banque de Maurice est là pour défendre la politique monétaire et juguler l'inflation. Il doit aussi superviser les banques pour veiller à la solidité du système bancaire. C'est surtout sur ce deuxième point qu'il est intervenu.

Je n'ai pas toutes les informations dont dispose le gouverneur de la Banque centrale, notamment sur les portefeuilles de prêts des banques commerciales. Mais c'est son rôle de demander aux banques de faire attention aux prêts qu'elles effectuent et à l'élément de risque.

Pour une banque comme la Barclays qui est une institution internationale, il y a des règles très strictes et même plus strictes que ce que pourrait souhaiter M. Basant Roi.

Le gouverneur encourage les banques à prêter raisonnablement par rapport au risque de non-remboursement mais aussi par rapport au montant des dépôts des clients. L'émission des bons du Trésor à des taux élevés permet de financer l'Etat mais restreint aussi la capacité des banques à prêter en limitant la croissance des dépôts.

Propos recueillis par
Stéphane SAMINADEN

 

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