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Jacques de Navacelle
espère que l'expertise de la Barclays profitera aux entreprises locales. Ce
qui, souligne-t-il, contribuera également à stimuler la concurrence au
niveau bancaire.
Quelles
sont les principales caractéristiques du montage financier réalisé par la
Barclays pour Air Mauritius ?
Il s'agit d'un mélange
de plusieurs types de financement. Les airbus étant des avions construits
en Europe, nous avons pu utiliser les facilités des Export Credit Agencies
de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Ces facilités représentent 85 % du
financement de l'achat des deux airbus. La différence de 15 % est un prêt
de la branche mauricienne de la Barclays. C'est une structure de financement
qui ressemble tout à fait à celle que nous avions réalisée en 1999 pour
l'achat d'un A 340.
La concurrence cette année
a été toutefois plus sévère car il y avait vingt-deux autres candidats
pour ce projet, dont des banques internationales qui ont des filiales à
Maurice. Il nous a fallu faire un effort supplémentaire sur les taux : ceux
que nous avons proposés sont extrêmement compétitifs.
Mais outre le financement,
nous avons également offert d'autres produits qui permettent à Air
Mauritius de limiter les risques sur les fluctuations du taux de change et
des taux d'intérêts.
Tous les avions sont
vendus en dollars même quand le constructeur est européen. Le prix est en
dollars avec un équivalent en euros et les prêts sont en euros. Nous
donnons la possibilité à Air Mauritius de passer d'une monnaie à l'autre
si elle sent que l'une ou l'autre est plus avantageuse pour elle. Il y a également
des instruments de couverture des risques de change qui permettent à Air
Mauritius de limiter ces risques et c'est important pour la compagnie
d'aviation.
Air Mauritius se couvre
également contre les risques de taux d'intérêt. Elle peut opter pour un
taux variable pour des périodes déterminées ou choisir un taux fixe pour
toute la durée du remboursement.
En plus, nous apportons
à Air Mauritius notre assistance pour couvrir les risques de variation des
prix des produits pétroliers. La compagnie est en contact avec notre trader
spécialisé à Londres.
Comment évaluez-vous l'intérêt
des entreprises locales, notamment du textile, à se couvrir contre les
risques de change?
Il y a un intérêt
mais c'est encore très timide. Je pense qu'il y a un problème de compétence
car c'est un sujet assez complexe. D'autre part, les trésoriers des
entreprises n'ont pas une très grande liberté d'action. Il leur faut
l'aval du conseil d'administration qui est composé de gens qui ne maîtrisent
pas toujours les techniques de couverture.
Il y a un vrai problème
d'expertise. Je pense, par exemple, que les entreprises de textile auraient
pu vendre leurs euros quand la monnaie européenne était à 92 US cents.
Est-ce que la Barclays aide
également Air Mauritius à effectuer des choix dans l'éventail des options
qu'elle met à sa disposition ?
Air Mauritius a une
équipe financière suffisamment avertie pour faire ses propres choix. Elle
est en contact avec nous en permanence. Il y a un échange mais la décision
finale appartient au client.
La Barclays finance à
hauteur de 15 % l'achat de deux appareils pour Air Mauritius. La contre-performance
financière de la compagnie ne vous inquiète pas outre mesure...
Les résultats ont été
affectés par une perte potentielle. En comptabilité, on est obligé d'arrêter
les comptes à une date donnée et calculer les pertes ou les gains à cette
date.
Avec la perte de valeur
de l'euro, Air Mauritius a dû calculer ses pertes comme si elle les avait déjà
faites. Or il se peut qu'avec l'évolution de la monnaie elle récupère
plus que ces pertes; c'est une perte éventuelle.
Ce montage financier pour
Air Mauritius remet en perspective la stratégie de la Barclays de
s'attaquer au marché "corporate"...
La Barclays pourra
faire profiter les entreprises mauriciennes de toute l'expertise qu'elle a développée
dans son réseau international. Les produits de financement à long terme,
de couverture des risques et la panoplie des services d'une banque
d'affaires sont des métiers que nous pratiquons depuis des années en
Angleterre, en France ou aux Etats-Unis.
A Maurice, vu la taille
du marché, aucune banque n'a vraiment développé ce genre d'expertise,
avec les moyens locaux. La Barclays fait profiter cette expertise aux
entreprises, ce qui aura également un effet stimulant sur la concurrence
locale.
La Barclays a perdu
beaucoup de parts de marché à Maurice au cours de ces vingt dernières années.
C'est, dans une certaine mesure, de notre faute. Nous voulons donc reprendre
notre place. Et pour le faire, il faut proposer des choses nouvelles.
Comment expliquez-vous
cette perte de parts de marché ?
Je pense qu'à une époque
la Barclays de Londres s'est peut-être un peu désintéressée de Maurice.
La Barclays a fait quelques mauvaises affaires au début de la zone franche.
Cela nous a échaudés et nous sommes restés en retrait.
Ensuite c'est devenu un
cercle vicieux. Notre volume d'affaires a diminué. Nous avons baissé les
coûts en réduisant les effectifs et cela nous a apporté encore moins
d'affaires. Finalement nous avons changé de stratégie : nous nous sommes
dit qu'il nous fallait mettre à profit notre présence ici.
Et aujourd'hui quelle est
la place de la Barclays sur le marché local ?
Il y a trois ou
quatre ans notre part de marché était descendue à environ
4 % en moyenne et
maintenant on est remonté à 7 %. On a pas mal progressé. Notre part de
marché dans le retail banking est probablement légèrement inférieure à
notre part de marché dans le corporate banking car nous avons seulement une
douzaine d'agences.
Dans le retail banking,
le volume des affaires est proportionnel au nombre de succursales. Mais avec
les techniques modernes de telephone banking et d'internet banking, il est
probable que dans les années à venir le nombre de branches ne sera plus l'élément
déterminant dans le retail banking.
Dans notre chiffre
d'affaires global, le retail banking et le corporate banking sont à parité
à 50 %.
Avez-vous une stratégie
pour faire évoluer cette proportion?
Non, pas vraiment.
Nous voulons être les meilleurs dans les deux domaines dans un certain
nombre de services. Nous ne voulons pas faire tous les métiers d'une banque
mais plutôt nous concentrer sur quelques-uns et être les meilleurs. C'est
ainsi que nous avons récemment lancé de nouveaux produits pour diversifier
le choix au niveau des comptes d'épargne. Nous avons obtenu une très bonne
réception pour notre produit d'épargne qui s'appelle le High Rate Bonus
Account.
Vous voulez donc attirer
des épargnants mais en même temps vous projetez l'image d'une "Big
Bank in a Big World". Le salarié peut se dire que la Barclays, ce
n'est pas pour lui...
Il y a eu beaucoup de
réflexion sur cette image. A "Big Bank" peut renvoyer à l'idée
d'une grande banque très lourde et bureaucratique. Mais nous, nous voulons
surtout dire que nous sommes une grande banque avec davantage de moyens à
la disposition des clients.
La deuxième étape de la
campagne qui démarre consiste à dire que nous sommes une grande banque et
que nous sommes là pour aider les gens à mener à bien leurs projets, de
la conception à la réalisation. Nous sommes là pour aider les entreprises
à grandir. Sur une des affiches on voit quelqu'un qui court et nous sommes
à ses côtés dans cette course.
En parlant d'accompagnement
justement, nous avons eu des témoignages de gens déçus parce que les
facilités de crédit dont la Barclays a fait la promotion ne sont pas aussi
accessibles que le disait la publicité...
Il y a effectivement
eu un problème. On s'est aperçu qu'un certain nombre de gens ne
remboursaient plus. Et comme par hasard, ceux qui ne remboursaient pas étaient
ceux qui n'avaient pas de comptes chez nous. C'est statistiquement établi.
Donc, nous avons eu à exiger que les emprunteurs ouvrent un compte chez
nous.
La Barclays semble vouloir
mettre le paquet pour développer son "corporate banking" mais le
monde des affaires est plutôt morose actuellement...
Cela dépend surtout
des secteurs. Il y a en effet un ralentissement dans le commerce des biens
de consommation. Dans le textile, il y a des entreprises qui marchent bien
et d'autres moins bien. Tout dépend des marchés dans lesquels elles sont
engagées. La situation est assez mitigée.
A la Banque, nous voyons
arriver de bons projets. Il y a quand même des clients qui sont en train de
développer leurs activités. Au-delà, on évoque aussi des projets comme
le métro léger, les centrales thermiques, le financement d'avion, le
dessalement de l'eau à Rodrigues. Bref, des projets qui correspondent
justement aux types de montage que réalise une banque d'affaires.
Vous vous intéressez
beaucoup aux projets publics...
Il y a certes des
projets publics mais dans le cas d'un projet de centrale thermique par
exemple, il peut s'agir d'une entreprise privée mais qui a quand même
besoin de l'Etat pour être mise sur pied. L'incinération des ordures peut
aussi être un projet privé mais il faudrait que l'Etat y mette du sien.
Les banques d'affaires sont adaptées pour le financement des
infrastructures publiques.
Le gouverneur de la Banque
de Maurice a remis sur le tapis la question de la politique de prêt des
banques commerciales. Que pensez-vous de ses remarques ?
Le gouverneur de la
Banque de Maurice est là pour défendre la politique monétaire et juguler
l'inflation. Il doit aussi superviser les banques pour veiller à la solidité
du système bancaire. C'est surtout sur ce deuxième point qu'il est
intervenu.
Je n'ai pas toutes les
informations dont dispose le gouverneur de la Banque centrale, notamment sur
les portefeuilles de prêts des banques commerciales. Mais c'est son rôle
de demander aux banques de faire attention aux prêts qu'elles effectuent et
à l'élément de risque.
Pour une banque comme la
Barclays qui est une institution internationale, il y a des règles très
strictes et même plus strictes que ce que pourrait souhaiter M. Basant Roi.
Le gouverneur encourage
les banques à prêter raisonnablement par rapport au risque de non-remboursement
mais aussi par rapport au montant des dépôts des clients. L'émission des
bons du Trésor à des taux élevés permet de financer l'Etat mais
restreint aussi la capacité des banques à prêter en limitant la
croissance des dépôts.
Propos
recueillis par
Stéphane SAMINADEN
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