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Mauritius News in French and English |
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| Cinéma Eros | ||||||
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Posted to the web June 13, 2001 |
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June 01, 2001 - Port Louis, Mauritius, Indian Ocean |
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D'un doctorat de philosophie
à la Sorbonne au cinéma érotique, Francis Leroi traverse la vie en
visiteur étonné. Avec plus de 57 longs métrages à son actif, une
quinzaine de prix, dont une sélection officielle à Cannes pour un
documentaire sur Jean-Luc Godard et le Prix du suspense au Festival de
Cognac pour le film "Le démon dans l'île" qu'il a tourné avec
Jean-Claude Brialy et Anny Duperrey, Francis Leroi est resté sur le plan
international le réalisateur de la série des "Emmanuelle" avec
Sylvia Kristel. Au cours de cet entretien, il parle de son engagement pour
le cinéma érotique, cette autre manière de célébrer l'amour et ses
connivences.
Francis Leroi, quand on est réalisateur de films érotiques, le regard des autres porte-t-il une distance, une connivence ou alors des sourires entendus ? Ce que je constate surtout, c'est qu'il y a beaucoup d'hypocrisie. Ça m'est arrivé souvent de rencontrer des gens dans des cocktails qui faisaient semblant de ne pas savoir que j'avais réalisé des films érotiques. Et puis, juste avant de partir, ils m'emmènent dans un coin pour me dire : "J'ai vu vos films ! Et j'ai beaucoup aimé…" Il y a une curiosité à l'égard de l'art cinématographique en général et aussi du cinéma érotique. Mais c'est vrai que l'érotisme appelle souvent un regard particulier… Je vais vous raconter une anecdote qui est parlante : je prenais souvent le métro à Paris avec Eric Rohmer. On se retrouvait tous les matins dans la même rame sans se connaître. Un jour, je prends mon courage et j'ose lui dire toute l'admiration que j'ai pour son cinéma. Il me dit : "Vous êtes Francis Leroi. Je voulais vous dire que j'ai vu Emmanuelle et que j'ai beaucoup aimé." Et nous avons parlé des femmes pendant tout le trajet. Vous vous intéressiez au genou de Claire et, lui, préférait Emmanuelle. C'était toujours une question de vision de femme… En quelque sorte, oui… C'est vous dire comment les choses peuvent être perçues. En fait, vous savez, j'ai acquis une certaine réputation dans le domaine de l'érotisme, mais ce n'est qu'une petite frange de ma carrière cinématographique. J'ai fait pendant très longtemps uniquement du cinéma d'auteur, jusque dans les années 1975. Des films destinés à un public d'initiés et qui passaient dans les salles de cinéma d'art et d'essai. Mais à un moment, il faut bien songer à vivre. Je ne voulais pas d'une marginalisation où mes films ne pourraient se regarder qu'à l'Institut national de l'audiovisuel (INA), comme ceux de Jean Eustache, par exemple. Nous étions dans une époque très curieuse. Nous n'étions pas de la nouvelle vague, c'était déjà terminé. Nous n'étions pas non plus de la nouvelle nouvelle vague que sont devenus les Beineix, les Besson etc. Une génération charnière en fait quelque peu sacrifiée. Il y avait Jean Eustache, Philippe Garel et moi-même. Mais je vous dis, ce fut un choix de commencer à faire du cinéma que l'on appelle commercial… Péjoratif ? Pas du tout. J'ai fait un film qui s'appelait Trouble, ou les mémoires d'un enfant du siècle. Le distributeur a exigé que l'on change le titre pour un titre plus commercial. Et c'est le titre d'une chanson de Michel Polnareff qui fut choisi : La michetonneuse. Tout de suite une connotation érotique, alors que le film n'était pas vraiment un film érotique. C'est un film qui a eu énormément de succès. Et voilà comment on peut être embarqué dans le cinéma érotique. La sexualité vous a toujours intéressé quand même. Déjà, votre thèse de doctorat de philosophie portait sur le marquis de Sade… J'avais de bonnes dispositions, disons. Après ce film qui a donc obtenu un immense succès, un gros producteur est venu me voir en me demandant : "Est-ce que vous voulez faire un film érotique, un vrai ?" Je me suis dit : après tout, c'est un genre comme un autre. Et puis, j'avais avec moi, Patrick Rambaud, le prix Goncourt, et il a écrit le scénario. Nous avons fait le film Les tentations de Marianne où nous avons abordé le thème des rapports entre l'argent et le sexe. Le film a eu beaucoup de succès et il est programmé à la télévision française jusqu'à maintenant, c'est-à-dire plus de vingt-cinq ans après. L'érotisme est-il pour vous une manière de célébrer l'amour ? Oui. Le spectacle de l'amour est un merveilleux spectacle. Alors que celui de la violence est tout sauf beau, même pour les enfants. Je crois que les enfants peuvent comprendre que les adultes, parce qu'ils s'aiment, peuvent se toucher, se caresser, s'embrasser. Mes enfants ont été élevés comme ça. L'érotisme magnifie la femme, l'acte d'amour lui-même. Est-ce vraiment toujours le cas ? Non. Il y a des films qui essaient de séparer le sentiment de l'acte physique. Vous savez, les hommes sont quelquefois envahis, démunis devant la sentimentalité des femmes. Cette sentimentalité leur est imposée par les femmes. Il y a une volonté chez les hommes de vivre le spectacle de l'amour en toute insensibilité. Ce qui est impossible pour la femme. La femme est excitée par les sentiments, par les émotions et pas forcément par des images érotiques. L'homme a besoin d'images érotiques comme un enfant a besoin de contes de fées. Quand vous tournez un film érotique, vous êtes un homme ou alors vous retrouvez-vous dans un no man's land asexué ? Ça dépend. J'ai fait aussi bien des films sensuels, sentimentaux, que des films érotiques d'une insensibilité totale. Dans les deux cas, vous êtes vous-même ? Il n'y a pas de rupture. Ce sont deux conceptions différentes. Les femmes bandent avec les télénovelas… … et les hommes avec Ophélie Winter ? En quelque sorte oui. Comme vous voyez, ce n'est pas du tout pareil ! Vous étiez à Cannes, il y a quelques jours, pour présenter votre dernier film que l'on peut qualifier d'introspectif. Comment a-t-il été reçu ? Depuis quelques années, je voulais faire la rupture avec les films érotiques. C'est une des raisons pour lesquelles je me suis installé à Maurice, loin du monde du cinéma. Le succès mondial de la série des Emmanuelle a fait de moi une sorte de référence du cinéma érotique français, et j'en avais un peu assez. Ici, il n'y a pas de nécessité culturelle de l'érotisme explicite. Dans les films indiens, par exemple, il y a une puissance érotique fantastique, sans pour autant être explicite. Cela fait quelques années que j'ai envie de faire un film qui expliquerait la démarche des gens qui consacraient une partie de leur vie à l'érotisme. J'avais envie de montrer mon travail. J'ai donc fait un vrai film érotique qui s'appelle Regarde-moi. En même temps, j'ai réalisé un documentaire de cinéma long métrage d'une heure et quarante-cinq minutes sur le métier de metteur en scène de films érotiques. Il s'intitule Focus et a été présenté à Cannes. Le film a été soutenu par Canal+ et a obtenu un très bel article dans Libération. Le film sortira en juillet à Paris. Vous vous êtes regardé en train de travailler… L'exercice n'est-il pas un peu schizophrénique ? Il faut être un peu malade, un peu fou. Je ne savais plus qui j'étais. Je me filmais moi-même en train de filmer et c'était une mise en abyme invraisemblable… De quoi parle "Regarde-moi"? Il est un peu le contre-pied de Baise-moi de Virginie Despentes. Le film de Despentes est assez violent. Elle l'a tourné avec des couilles. Regarde-moi, je l'ai tourné avec mon coeur. C'est un film très tendre qui parle du désir et de ses nouveaux repères pour les hommes. Depuis que les femmes ont quitté leur asservissement, les hommes ont quelque peu perdu leurs marques, leurs repères. C'est un film qui montre les hommes en plein doute sur leur désir, en plein doute avec eux-mêmes. Ce siècle nous impose des extrêmes. Entre les tabous sexuels et les dérives outrancières, on a du mal, quelquefois, à se retrouver… Regardez l'histoire de Loft Story qui fait actuellement grand bruit. Je suis surpris de voir à quel point les enfants et les parents parlent de sexe, comme si ce n'était pas quelque chose d'important, de grave. Mais en même temps, on ne peut pas dire que ce soit de la banalisation. Entre le tout cacher et le tout montrer, entre les Talibans et Virginie Despentes, n'y aurait-il pas de voie médiane ? Je pense que ce problème est résolu. C'est normal que lorsqu'un tabou explose, il soit suivi d'excès. Mais je pense qu'aujourd'hui, en France, l'équilibre a été trouvé. A partir du moment où l'on a réussi à regarder en face ce qui nous a asservi sur le plan culturel en nous empêchant de vivre notre sexualité avec liberté, franchise et responsabilité, à partir de là, tout va mieux. Vous avez un doctorat en philosophie et on peut se demander comment un homme accepte, sur le plan philosophique, qu'avec le sida, l'amour soit aujourd'hui lié à la mort ? Vous voulez que je vous réponde ? Cela correspond, sur le plan planétaire à l'arrivée de Pluton et de Scorpion… C'est le moment où la planète sera peut-être nettoyée de son aspect sexuel sombre… Il faut passer par cette épreuve pour accéder de nouveau à une vraie liberté et non pas simplement une lutte contre une contrainte. Quand on fait tomber une chaîne, ce n'est pas pour autant que l'on est libre. C'est comme l'histoire de l'esclavage. Quand on libère un esclave, il n'est pas totalement libre tant qu'il n'a pas eu accès à l'éducation, au travail. Notre sexualité n'est pas encore vraiment libérée. En Occident, la sexualité a commencé à être étouffée depuis le Xe siècle. On ne sort pas de dix siècles d'obscurantisme comme ça… Le sida, c'est terrible de le dire, a aussi apporté une responsabilité sexuelle. Le retour du rigorisme par la peur ? Je ne vois pas cela sous cet angle. Je dirais que c'est un retour vers de vraies valeurs. Apprendre que la sexualité ne doit pas être dévoyée systématiquement... Le plaisir est important, mais il ne doit pas détruire les sentiments. Il n'y a pas d'amour sans sentiments. Les rapports deviennent plus humains. Comment réagissez-vous face à ceux qui pensent que l'érotisme est une atteinte à l'intégrité de la femme ? Ceux qui disent cela sont souvent ceux qui ne vont pas voir les films érotiques. Ils ont donc des jugements a priori. En réalité, les films érotiques sont un énorme hommage à la femme. Mais je dis bien à la femme dans sa globalité : la mère et la putain. Pas seulement la femme inaccessible, déifiée. Le film érotique, quand il est bien fait, est un acte poétique. C'est ce que j'ai essayé de faire dans mes films. La question est souvent posée : quelle est la différence entre l'érotisme et la pornographie ? Sémantiquement, l'érotisme n'est pas explicite, la pornographie l'est. L'érotisme est la poétisation visuelle de l'amour physique. Je me considère personnellement comme un "érotographe", un poète de l'amour physique. |
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