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La libéralisation de l'accès à l'internet reste ligne morte

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Posted to the web May 16, 2001

May 16, 2001 - Port Louis, Mauritius, Indian Ocean

La célébration de la journée mondiale des télécommunications, demain, sera mitigée. La libéralisation de l'internet, annoncée en grande pompe, tarde à se faire. Les éventuels fournisseurs d'accès et Mauritius Telecom n'arrivent pas à se mettre sur la même longueur d'onde.

Il y a toujours une différence de taille entre la théorie et la pratique. Du moins en ce qui concerne la libéralisation de l'accès à l'internet. La théorie, c'est que l'accès à l'internet est libre depuis le 2 février. Dans la pratique, la situation ne s'est toujours pas décantée, plus de trois mois après : Telecom Plus demeure l'unique fournisseur d'accès internet (FAI) à Maurice.

Toutefois, le calme qui règne actuellement n'est qu'illusoire. Les négociations tenues jusqu'ici entre les aspirants FAI et Mauritius Telecom (MT) n'ont rien donné et le combat risque de dégénérer. Le dernier round a été catastrophique : les frais d'interconnexion proposés par MT sont rejetés en bloc. Travaillés depuis plusieurs semaines et approuvés par le conseil d'administration de MT au début du mois, ces tarifs sont jugés inacceptables par les FAI regroupés en association.

"La proposition de MT frise le ridicule. Rien qu'en vendant au prix coûtant, l'internet reviendra plus cher qu'actuellement", explique Viv Padayatchy, IT Manager de Mauritius Freeport Development et coordonnateur de l'association des FAI.

Les tarifs de MT sont basés sur des considérations techniques et commerciales. Les interconnexions entre les Internet Service Providers (ISP) et le réseau de MT sont essentielles. Leurs frais représentent la majeure partie des coûts imposés à tout FAI.

Les tarifs d'interconnexion proposés par MT s'élèvent à 60 sous la minute, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) exclue. Cela irrite les futurs ISP, car les abonnés de Telecom Plus paient déjà moins que cela. L'accès normal à internet coûte 80 sous la minute entre 7 heures et minuit. Il est facturé à 50 sous la minute entre minuit et 7 heures. Les forfaits disponibles proposent l'accès entre 25 et 41 sous la minute.

"TelecomPlus ne peut opérer à perte sur tous ces forfaits. Il est clair que nous ne sommes pas sur un level playing field", affirme Viv Padayatchy.

En ayant à payer 60 sous sur chaque minute, les fournisseurs d'accès potentiels disent être dans l'impossibilité d'offrir des forfaits. Ils réclament un prix fixe (Flat Rate).

MT de son côté veut calmer le jeu. Aux étages supérieurs de Telecom Tower, on affirme que le temps est encore à la négociation."Nous avons fait une première proposition. L'autre partie n'est pas d'accord, et la logique veut qu'elle nous remette ses contre-propositions", explique Megh Pillay, Chief Executive de MT et président de Telecom Plus. L'opérateur national affirme que Telecom Plus et les nouveaux fournisseurs d'accès seront traités sur un pied d'égalité. Des mesures auraient déjà été prises pour que Telecom Plus soit traité "de façon distante", par la compagnie mère.

"Nous avons mis de l'ordre dans notre propre maison avant de discuter avec les futurs ISP", souligne Megh Pillay. Ainsi, Telecom Plus a dû transférer une série d'équipements à MT.

Le dilemme internet cache une autre réalité : le coût de l'appel téléphonique. La direction de MT avoue que le prix de l'appel local est subventionné par les revenus obtenus des appels internationaux très lucratifs.

"Nous avons dit dès le départ que le coût d'accès au réseau local est supérieur au tarif en place", soutient Megh Pillay. MT dit avoir calculé les tarifs d'interconnexion par rapport au coût réel de l'appel local.

Ce tarif ne devrait pas changer avec le rééquilibrage prévu des tarifs téléphoniques. La restructuration de la grille tarifaire de MT interviendra avant 2003, et cela équivaut à une augmentation certaine du prix de l'appel local.

L'opérateur national se dit prêt à jouer le jeu de la libéralisation. Il ne peut aller contre la volonté de l'Etat, qui demeure son actionnaire majoritaire malgré l'alliance stratégique avec France Telecom.

Liaison satellitaire avec l'international

La société française a déjà une influence importante sur la politique de son partenaire mauricien. A ce jour sa stratégie est simple : ne lâcher aucun privilège d'un monopole pour lequel il a déboursé Rs 7 milliards.

La situation de Telecom Plus est mal perçue par les futurs ISP. De par son statut de filiale de MT, cette société bénéficie de certains avantages, surtout au niveau de la facturation, de la collecte de revenus et du personnel.

"C'est normal pour MT de vouloir préserver son marché mais le problème c'est qu'il abuse de ses pouvoirs", dit Viv Padayatchy. Il voit mal comment l'opérateur national peut être juge et partie à la fois.

"Si nous privilégions Telecom Plus, nous serons passibles de lourdes sanctions, et nous n'avons aucun intérêt à retarder l'échéance", précise Megh Pillay.

Les tarifs d'interconnexion ne constituent qu'une partie des frais. La location d'une ligne de deux mégabits par seconde coûtera Rs 76 000 par mois, sans compter les frais qui seront réclamés par MT pour la gestion du portail international. Les ISP contribueront à installer une liaison satellitaire avec l'international.

"En rajoutant tous ces coûts, nous ne pourrons jamais vendre l'internet à moins d'une roupie la minute. Tout cela est contre l'esprit même de la libéralisation de l'internet", s'exclame Viv Padayatchy. Les futurs FAI réclament maintenant leur indépendance. Ils veulent installer et gérer leur propre V-Sat Zone, ce qui leur permettra d'avoir accès à l'international en contournant MT.

Cette suggestion est incluse dans la lettre de protestation envoyée à la Mauritius Telecommunications Authority (MTA) et au ministère des Télécommunications. L'accès à l'international a toujours été le point sensible des professionnels. Ils affirment qu'ils utiliseront le portail uniquement pour transmettre des données. MT voit cela d'un mauvais oeil car les nouvelles technologies permettent également le transfert de la voix à travers internet. Or, l'opérateur historique a une exclusivité sur le trafic vocal jusqu'au 31 décembre 2003.

"Il est inconcevable que certains utilisent l'internet comme cheval de Troie et viennent empiéter sur nos droits exclusifs", avertit Megh Pillay.

L'association des FAI proteste officiellement auprès de la MTA. L'organisme régulateur sera appelé à arbitrer un important litige pour la première fois de son histoire. Souvent qualifiée de "bouledogue sans dents", la MTA doit maintenant affirmer son autorité.

Elle se retrouve dans une position unique : mettre de l'ordre entre l'ogre MT et les prétendants au trône de sa filiale. L'issue du combat sera déterminante non seulement pour l'internet mais pour tout le paysage des télécommunications.

A partir de 2004, le secteur sera totalement libéralisé. Sans un régulateur puissant, le chaos menace.

"Tout repose sur les épaules de la MTA, mais c'est vrai qu'elle a fait preuve d'attentisme depuis sa création", souligne Viv Padayatchy.

Les aspirants FAI se sont aussi plaints auprès du ministère des Télécommunications et de la technologie informatique. Ils donnent une semaine aux autorités avant de soulever un tollé sur le sujet. Le calme avant la tempête...

Le public en fond d'écran

La catégorie grand public n'est pas la plus lucrative pour les éventuels fournisseurs d'accès à l'internet.

Le combat des chefs se poursuivra sous l'oeil de l'organisme régulateur et du gouvernement. Le grand public retient son souffle. L'objectif premier du Policy Paper est l'internet pour tous.

La promesse faite par le gouvernement lors du dernier salon Infotech allait dans ce sens : l'internet sera aussi répandu que l'électricité dans les maisons mauriciennes d'ici 2005.

La libéralisation de l'accès est perçue comme l'outil idéal pour une démocratisation de l'internet à Maurice. La majorité des futurs ISP convoitent le gros marché que constituent les entreprises.

Avec l'introduction des nouvelles technologies, le web est l'instrument vital du commerce moderne. Tout concept branché a un préfixe "e", et la fièvre a déjà gagné les entreprises mauriciennes. L'internet est avant tout un business, et la catégorie grand public n'est pas la plus lucrative.

Parmi, les vingt sociétés détenant une licence d'intention, seule une douzaine ont décidé de prendre leurs permis. La majorité d'entre elles visent les entreprises. A l'instar de Daiichi Process (Mauritius) Limited qui veut offrir un service complémentaire à ses clients. Cette société travaille déjà dans la création multimédia et le pré-presse.

La priorité de Rogers Telecom est également le marché des entreprises. Les services grand public seront offerts dans un deuxième temps.

L'accent sera mis sur des services à valeur ajoutée. Le message de Rogers Telecom est limpide : "Ce sera d'un excellent niveau, mais pas à bon marché."

D'autres veulent tout simplement satisfaire leurs besoins internes. Bowman International Sports (BIS) veut se servir des facilités de FAI pour ses activités de paris en ligne.

Au cours des dernières semaines, un intense lobbying a été effectué par le ministère des Télécommunications. Le slogan de l'internet pour tous a été martelé. Avec pour effet immédiat que les futurs FAI se disent prêts à considérer le grand public.

"Avec les équipements que nous posséderons et l'expertise de nos partenaires, il nous sera possible de servir le public", dit Ibrahim Ayoob, directeur général de Daiichi Process (Mauritius) Ltd.

Pour la plupart des éventuels ISP, le service public ne sera qu'une annexe. L'accent sera mis sur les entreprises car la catégorie grand public est déjà perçue comme une course perdue d'avance.

35 000 abonnés

Plus de 150 000 personnes surfent régulièrement sur internet à Maurice, mais seulement 35 000 sont des abonnés de Telecom Plus. Certains voient mal comment les arracher des griffes de MT. D'autres, par contre, se montrent plus entreprenants.

"Le niveau de service offert par Telecom Plus nous donne de l'espoir. S'ils continuent comme cela, nous avons une belle chance de grignoter leur marché", déclare Ganesh Ramalingum, directeur général de Data Communications Limited.

Sanjeev Goburdhun, président d'Island Communications, est du même avis. En partenariat avec les Sri-Lankais de Ceylinko, la filiale de Rose-Hill Transport, visera le marché internet dans sa globalité.

Les futurs FAI sont conscients que leurs ambitions reposent sur la conclusion des négociations avec MT. Après ratification, ils auront six mois pour démarrer leurs opérations. La patience sera de mise, mais certains recherchent déjà des issues de secours.

"Avec tous ces délais, je crois je vais changer de business et m'intéresser à l'audiovisuel", lance un des aspirants FAI en guise de boutade.

Source
     

   


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